Cet article repose sur l’épisode 2 d’une série en trois volets sur le changement climatique et les forêts, dans le cadre du balado « Forest for the Future ». Il explore comment les évaluations de la vulnérabilité climatique facilitent le travail d’identification, de planification et d’adaptation des détenteurs de certificats FSC dans un contexte de changement climatique.
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Qu’est-ce qu’une évaluation de la vulnérabilité climatique et comment peut-elle aider les gestionnaires forestiers à planifier l’avenir?
Vous avez peut-être entendu parler de l’expression « évaluation de la vulnérabilité climatique » (EVC) lors de conférences ou d’événements sectoriels. Mais en quoi consistent réellement ces évaluations et comment aident-elles les gestionnaires forestiers à gérer les risques et à planifier un avenir de plus en plus incertain?
Le Canada a été un précurseur dans l’élaboration de cadres solides pour gérer les risques climatiques dans les forêts, et notre secteur continue à jouer un rôle de premier plan à cet égard. Nous avons récemment rencontré les animateurs du balado « Forest for the Future » pour discuter de ce qu’est une EVC et des raisons pour lesquelles elles sont plus utiles que jamais.
Dre Sheri Andrews-Key, directrice du programme de micro-certificat et responsable du micro-certificat de formation sur la vulnérabilité climatique et l'adaptation au changement climatique de la Faculté de foresterie et de gérance environnementale de l’Université de la Colombie-Britannique, ainsi que Kevin Gillis, coordonnateur de la certification pour Mistik Management Ltd., se sont joints à la conversation. Tous deux ont une grande expérience des EVC dans le secteur forestier.
Qu’est-ce qu’une évaluation de la vulnérabilité climatique?
La Dre Andrews-Key explique que l’EVC est un outil qui permet de comprendre comment le changement climatique affecte à la fois les écosystèmes forestiers et les personnes qui en dépendent. Une telle évaluation examine des facteurs biophysiques tels que la température et les précipitations, la manière dont les systèmes naturels réagissent à différentes échelles de temps et les dimensions humaines, c’est-à-dire ce qui arrive aux communautés locales et aux utilisateurs des terres en conséquence de l’évolution des forêts.
L’information recueillie dans le cadre d’une EVC aide les gestionnaires forestiers à établir les principaux risques et les priorités ainsi qu’à mettre en œuvre des pratiques d’adaptation qui favorisent la résilience à long terme.
« Ces outils permettent de rassembler une diversité de parties prenantes et de renforcer la capacité à réagir à ce qui se passe dans l’environnement, explique la Dre Andrews-Key. Bien qu’ils ne soient pas parfaits et ne constituent pas une boule de cristal, ils nous aident néanmoins à gérer l’incertitude. »
En quoi consiste une évaluation de la vulnérabilité climatique?
Bien qu’il existe différentes méthodologies, le guide du Conseil canadien des ministres des forêts est actuellement considéré comme la meilleure pratique. Il s’agit d’un cadre comportant différentes étapes que la Dre Andrews-Key décrit comme « décortiquant les choses en segments faciles à gérer ».
En outre, la Dre Andrews-Key et Kevin soulignent tous deux l’importance d’aller au-delà de la science occidentale. Dans leur travail, les deux se sont appuyés sur des données climatiques et les plus récentes recherches, mais la Dre Andrews-Key note que « rien ne peut remplacer ce que voient les utilisateurs des terres et les gens en général sur le terrain, car leur expérience et leurs connaissances » sont essentielles pour éclairer les observations et les recommandations du rapport. En particulier, l’intégration des connaissances écologiques locales et traditionnelles des communautés autochtones permet d’obtenir de précieux renseignements qui ne sont pas toujours pris en compte ailleurs.
Les étapes clés d’une évaluation de la vulnérabilité climatique
Une EVC se déroule en quatre phases principales :
1. Évaluer l’état de préparation de l’organisation
Cette phase définit le contexte de l’évaluation, met en place l’équipe de projet et permet de convenir de la portée et du calendrier, tout en permettant de comprendre la capacité de l’organisation à établir les risques et les vulnérabilités décelés et à agir en conséquence.
2. Recueillir les connaissances locales
Les évaluateurs examinent des facteurs climatiques et non climatiques pour comprendre ce que les gens vivent sur le terrain et comment les impacts climatiques affectent les opérations et les communautés.
3. Comprendre le système de gestion
Cette phase permet de passer en revue la gouvernance ainsi que des facteurs opérationnels, tels que des exigences réglementaires, des obligations en matière de divulgation et des politiques internes. Elle permet d’évaluer :
- Où se situent les plus grandes vulnérabilités et les plus grands risques climatiques de l’organisation;
- Quelle est la capacité d’adaptation de l’organisation, notamment ses forces, ses faiblesses et ses points de rupture.
4. Établir les secteurs prioritaires
C’est ici que les entreprises déterminent ce qu’il leur est possible de faire, en s’appuyant sur les pratiques et les outils existants, tels que des procédures opérationnelles normalisées ou des zones à haute valeur de conservation. La dernière étape consiste à élaborer un plan de mise en œuvre et de suivi qui intègre les EVC dans les activités du quotidien.
La Dre Andrews-Key fait valoir que chaque EVC est différente et que même des entreprises exploitant leurs activités dans la même région peuvent élaborer des plans très différents. C’est pourquoi il est essentiel de s’approprier le processus.
« Si ce travail est effectué par une personne de l’extérieur et qu’on ne vous remet qu’un beau rapport à la fin du processus, si vous ne vous l’appropriez pas, vous gaspillez votre argent, dit-elle. Vous devez l’intégrer dans vos activités pour qu’il serve réellement à quelque chose. »
Comment Mistik a adopté les évaluations de la vulnérabilité climatique
L’entreprise Mistik est depuis longtemps connue comme un chef de file innovant qui n’hésite pas à adopter de nouvelles approches de manière précoce. Au début des années 2000, lorsque des événements climatiques d’une gravité exceptionnelle ont commencé à se multiplier, Mistik a pris conscience de l’impact de ces événements sur ses activités et a entamé une réflexion sur le sujet.
« Nous avons commencé à réfléchir au changement climatique et aux vulnérabilités dès 2006 », explique Kevin. Après qu’un événement particulièrement grave a retenu l’attention de la société mère de Mistik, la direction a reconnu qu’il était essentiel d’investir dans la gestion des risques climatiques. « Nous avons des obligations précises à l’endroit des usines pour nous assurer que la fibre arrive à destination. »
Le risque d’incendies de forêt est la principale priorité de cette entreprise de la Saskatchewan, mais cette dernière gère également en fonction de grands vents, de maladies, d’accumulations de neige et de dégâts causés par des tempêtes de verglas. Les hivers plus courts, le gel tardif et l’augmentation des précipitations qui accompagnent souvent les hivers plus chauds sont devenus des préoccupations croissantes.
En 2015, la Dre Andrews-Key et son équipe ont approché Mistik dans l’optique de piloter une EVC. L’évaluation, qui est désormais revue annuellement, aide l’entreprise à établir des mesures proactives pour réduire les retards et les inefficacités. Par exemple, Mistik construit désormais des routes un an à l’avance afin de réduire la pression en cas de fortes pluies et a développé des sites de stockage permanents près des autoroutes afin qu’il soit toujours possible d’acheminer de la fibre vers les usines par mauvais temps.
La collaboration avec Mistik a permis d’affiner le processus d’EVC afin qu’il puisse être adapté à la réalité d’organisations individuelles. Depuis ce premier projet, la Dre Andrews-Key constate qu’une grande partie des entreprises forestières intègrent désormais des EVC dans leurs activités.
« L’adaptation, ça vient naturellement aux gestionnaires forestiers. Ils s’adaptent tout le temps. Mais le cadre permet de capter ces connaissances de manière plus formelle, afin qu’elles puissent être utilisées comme outil de formation pour les nouveaux praticiens et pour l’organisation elle-même, afin que cette dernière puisse continuer à en tirer des enseignements », explique la Dre Andrews-Key.
Que réserve l’avenir en ce qui concerne les EVC?
Le FSC Canada considère que l’EVC est un outil bénéfique à inclure dans sa norme, et elle a déjà été intégrée dans la norme d’aménagement forestier du FSC aux États-Unis.
À la fois la Dre Andrews-Key et Kevin plaident en faveur de l’intégration d’évaluations de la vulnérabilité climatique dans la norme du FSC. Ils soutiennent que cela renforcerait l’information et le suivi en matière de durabilité. Selon Kevin, adopter l’EVC en tant qu’approche normative ne devrait pas être complexe, car les exigences existantes du FSC s’alignent bien et contribuent à un processus d’EVC. Le petit effort additionnel pourrait avoir une incidence considérable sur la résilience des forêts et la santé des communautés.
« La mesurabilité, c’est vraiment important. Les impacts sur le sol, l’eau et les espèces menacées sont différents aujourd’hui de ce qu’ils étaient il y a 20 ans. Intégrer l’EVC dans la norme permettrait de s’assurer qu’aucune de ces trois choses n’en pâtisse », affirme Kevin.
La Dre Andrews-Key est du même avis. « Le FSC a toujours été un chef de file en matière d’innovation et de traitement durable des forêts et des terres. Vu les progrès réalisés en recherche sur le climat au cours de la dernière décennie, le moment est venu de l’inscrire dans la norme », dit-elle.
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Forest for the Future est le balado dans lequel nous explorons les idées, les défis et les solutions qui façonnent l’avenir des forêts et de la société.
Cette série de balados est le fruit d’une collaboration entre le FSC Canada et le FSC Danemark. Elle est rendue possible grâce au financement d’Environnement et Changement climatique Canada.
