Si vous suivez l’actualité depuis quelque temps, il est probable que vous ayez entendu les expressions « financement de la nature » ou « finance durable ». Du célèbre discours Tragedy of the Horizon (tragédie à l’horizon) prononcé par Mark Carney dans le cadre de discussions du Forum économique mondial à des réunions de politique monétaire des plus grandes banques canadiennes, les milieux financiers s’intéressent de près à la manière dont ils peuvent aligner les mouvements de capitaux sur des résultats positifs pour la nature.
Ça ressemble à une impressionnante salade de mots. Mais qu’est-ce que ça signifie au juste? Les entreprises et les institutions financières se rendent compte qu’il est précieux de protéger la nature – pour l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons, mais aussi pour notre bien-être financier. Grâce au développement de produits financiers innovants, les marchés sont en mesure de mettre un prix sur des activités favorables à la nature, donnant ainsi aux investisseurs la possibilité de rentabiliser la nature au-delà de la philanthropie et des bons sentiments.
Le FSC n’est qu’une organisation parmi d’autres à la recherche de mécanismes financiers innovants pour lutter contre la déforestation et la crise climatique. De citer Subhra Bhattacharjee, directrice générale internationale du Forest Stewardship Council : « Nous devons nous pencher sur les aspects économiques d’une gestion responsable des forêts. À cette fin, du financement pour les forêts doit être acheminé aux propriétaires, aux gestionnaires et aux communautés afin de les inciter non seulement à maintenir la forêt intacte, mais aussi à la gérer de manière à ce qu’elle reste en santé. »
Pourquoi le financement de la nature est-il important?
Plus de 55 % du PIB mondial est dépendant de la nature, ce qui rend les investissements dans la nature cruciaux pour la résilience économique à long terme. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) note que l’alignement des flux de capitaux mondiaux sur la nature renforce la résilience et favorise le progrès vers un avenir plus durable.
Dans le passé, seule la valeur associée à l’extraction de ressources naturelles était quantifiée, alors que les avantages considérables que des écosystèmes intacts apportent aux économies et au bien-être humain ne l’étaient pas, cachant ainsi la véritable valeur de la nature et de la biodiversité.
Aujourd’hui, c’est en train de changer. Des outils et des approches de plus en plus évolués sont mis au point pour évaluer avec précision les services écosystémiques fournis par la nature, qu’il s’agisse de la propreté de l’air et de l’eau, de la régulation des températures mondiales ou d’avantages culturels et récréatifs. Cela permet d’investir dans ces services qui incitent et récompensent les efforts axés sur la conservation et la restauration.
Le financement de la nature en pratique
Il existe de nombreux produits et processus pouvant être qualifiés d’outils de financement de la nature. Pour certaines institutions, cela peut simplement vouloir dire qu’il est nécessaire de prendre en compte les risques liés à la biodiversité et au climat dans leurs processus décisionnels afin de contribuer à prévenir les pertes. Cette pratique est très courante dans le monde de l’assurance, et elle l’est de plus en plus dans celui des services bancaires commerciaux.
Cependant, il ne s’agit pas seulement de prévenir les pertes, car la nature peut également apporter une valeur ajoutée aux résultats. Parmi les produits du financement de la nature, mentionnons des éléments tels que les fonds de financement de la conservation, les crédits de biodiversité et de carbone, les fonds et obligations d’investissement à impact social ainsi que les paiements en échange de services écosystémiques. De plus en plus d’institutions financières et d’investisseurs optent pour des fonds positifs pour la nature afin de diversifier leurs portefeuilles et d’équilibrer leurs risques, des études montrant que beaucoup de ces investissements affichent des rendements supérieurs à ceux des marchés.
La croissance et le raffinement croissant des produits de financement de la nature sont soutenus par des accords et des cadres internationaux qui fournissent de la structure et de la crédibilité. Prenons, par exemple, la taxonomie de la finance durable de l’Union européenne et la Taskforce on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) entre autres. Le Canada élabore actuellement ses propres lignes directrices pour l’investissement durable qui aideront à mobiliser des capitaux pour financer des projets de croissance propre, dont des investissements dans des écosystèmes intacts.
Le financement de la nature pour les forêts
Les forêts sont des environnements particulièrement intéressants d’une perspective de financement de la nature, en grande partie parce que leur valeur pour le bien-être de la planète est très importante et parce que de nombreux travaux ont déjà été menés pour quantifier les avantages que les forêts procurent.
Ce constat a été souligné lors du dernier sommet mondial sur le climat, la COP 30, où un nouveau fonds connu sous le nom de Fonds pour la préservation des forêts tropicales (TFFF) a été créé, attirant immédiatement près de 7 milliards de dollars d’investissements de la part de gouvernements, d’organisations philanthropiques et de capitaux privés, « [...] [témoignant] d’une demande sans ambiguïté en faveur d’un mécanisme qui contribuera à rendre les forêts plus précieuses sur pied qu’elles ne sont détruites. »[1] En plus de rémunérer les pays en échange de la préservation de forêts, le Fonds versera au moins 20 % de l’ensemble des revenus à des populations autochtones et des communautés locales.
Les capitaux privés destinés à des investissements positifs pour la nature sont également en augmentation. Le géant bancaire européen BNP Paribas a lancé son Future Forest Fund en réponse à la demande croissante de classes d’actifs durables et rentables de la part d’investisseurs. Le fonds de la banque n’inclut que des forêts certifiées FSC en raison de leur capacité à générer des rendements stables et à fournir des approches rigoureuses et fiables en matière de développement durable, favorisant ainsi la confiance des investisseurs et soutenant la conformité réglementaire.
D’autres sociétés, dont Domini Impact Investments, Mirova et des partenariats public-privé, travaillent également avec le FSC, le nom qui inspire le plus confiance en matière de foresterie durable, pour développer des fonds qui répondent aux besoins des investisseurs modernes.
Depuis des fonds mondiaux comme le TFFF jusqu’à des sociétés de capital de risque qui financent des solutions innovantes fondées sur la nature, en passant par de nouveaux instruments d’investissement gérés par de grandes institutions financières, l’intérêt et l’investissement dans la protection de la nature et de la biodiversité augmentent à un rythme soutenu.
Les solutions de financement de la nature du FSC
Pour les entreprises forestières et celles qui dépendent des produits forestiers, l’essor du financement de la nature présente des possibilités intéressantes, d’autant plus que la certification FSC est déjà une norme mondialement reconnue pour les opérations durables et les pratiques de conservation.
Le FSC a développé Incidence vérifiée, sa propre solution de financement de la nature. Incidence vérifiée permet aux gestionnaires forestiers de saisir des données de qualité sur la nature et le climat à partir de forêts certifiées FSC, ce qui les aide à démontrer leur incidence positive sur leurs services écosystémiques des forêts et à générer des revenus supplémentaires de leurs efforts.
En recourant à Incidence vérifiée, il est possible de jumeler des forêts certifiées FSC avec des promoteurs de projets qui financeront des travaux de restauration et de conservation dans l’une des sept catégories de services écosystémiques (tels que la conservation de la biodiversité ou les services d’eau). Cela permet au marché de fixer le prix de la valeur « cachée » des forêts, donnant ainsi aux intendants des forêts et aux sociétés de gestion forestière une source de revenus supplémentaire au-delà de l’exploitation de la ressource.
Pour les promoteurs, Incidence vérifiée offre un moyen de faire des déclarations prouvées en matière de développement durable, les aidant à améliorer la réputation de leur marque, à respecter les normes de déclaration, à communiquer efficacement leurs engagements et à renforcer leurs stratégies de durabilité à long terme à l’aide de résultats quantifiables.
En outre, le FSC Canada étudie le potentiel du financement de la nature dans le cadre de son programme Les forêts comme solutions climatiques. Cette recherche, financée par Environnement et Changement climatique Canada, vise à faire progresser des solutions de financement de la nature qui profitent aux communautés et aident les détenteurs de certificats à mettre en œuvre des pratiques forestières respectueuses du climat.
Le financement du climat et de la nature est une priorité pour le FSC International. Qu’il s’agisse de soutenir des chaînes d’approvisionnement durables ou d’adopter des solutions innovantes qui récompensent les gestionnaires forestiers pour le travail qu’ils réalisent déjà, nous sommes fiers d’être une voix de premier plan pour la nature, au Canada et ailleurs.
Le FSC salue l’intérêt des gestionnaires forestiers et de potentiels promoteurs désireux d’en savoir plus sur Incidence vérifiée. Veuillez communiquer avec Vivian Peachey, directrice des solutions climatiques et paysagères.
