Cet article repose sur l’épisode 1 d’une série en trois volets sur le changement climatique et les forêts, dans le cadre du balado « Forest for the Future ». Il explore la manière dont le FSC comprend le changement climatique, la différence entre l’atténuation et l’adaptation ainsi que la raison pour laquelle prendre en compte les risques liés au climat devient essentiel pour gérer les forêts de manière durable. Cet épisode présente des perspectives autochtones sur la résilience et l’adaptation à long terme et aborde les coûts souvent négligés de l’inaction.

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Le caribou a une énorme importance culturelle pour les peuples autochtones du Labrador. « Toute notre compréhension de notre place dans le monde tourne autour de notre relation avec le caribou », affirme Valérie Courtois, une experte en sylviculture qui dirige l’Initiative de leadership autochtone.

Mais récemment, les aînés ont commencé à remarquer quelque chose d’étrange. Les hardes s’éloignaient des meilleures sources de nourriture. Ce changement de comportement a intrigué les chercheurs et la communauté, jusqu’à ce qu’ils remarquent les insectes. « Le caribou est un animal très sensible et, comme nous, il n’aime pas les insectes piqueurs », explique-t-elle. Le changement climatique menant à des hausses de température, les insectes se déplacent plus au nord, poussant les caribous vers des endroits plus venteux où les insectes sont moins nombreux. « Ce que nous constatons, c’est que le caribou commence à préférer le vent à la bonne nourriture, ce qui aura bien entendu des répercussions à long terme sur la santé de cette harde », conclut Valérie.

 

Comment changent les forêts

Subhra Bhattacharjee est directrice générale internationale du Forest Stewardship Council. Elle fait valoir que, à l’échelle mondiale, les forêts captent et stockent quelque 16 milliards de tonnes métriques de carbone chaque année et qu’elles en libèrent naturellement environ la moitié de cette quantité. Toutefois, vu l’intensification des sécheresses, des incendies de forêt et des infestations d’insectes d’origine climatique qui défolient et assèchent les forêts, ce phénomène est en train de s’essouffler. En fait, en 2023, le Canada est devenu le quatrième émetteur de gaz à effet de serre en importance au monde, de vastes incendies ayant provoqué la libération de l’équivalent de plusieurs décennies de carbone stocké dans les forêts.

Pour les aménagistes forestiers, un climat moins prévisible est synonyme de risques opérationnels accrus. Des hivers plus courts peuvent réduire la capacité de récolte, des pluies plus abondantes rendent le transport du bois plus difficile, alors que les incendies et les parasites mettent des actifs en péril.

Subhra note que nous vivons une période particulièrement complexe sur le plan mondial, qui a vu certains pays reléguer au second plan la réalisation d’objectifs climatiques. « La pression économique et l’incertitude sont extraordinaires, et les gouvernements sont pressés d’alléger les pressions du coût de la vie pour leur population. Mais c’est impossible de débattre avec une vague de chaleur. Souhaiter qu’un feu de forêt disparaisse, ça ne donne rien », dit-elle.

Il est essentiel de prendre des mesures pour atténuer les effets du changement climatique et s’y adapter afin de préserver les nombreux avantages des forêts en matière de climat et de biodiversité ainsi que leur valeur économique considérable. Et c’est dans l’économie que Subhra voit une solution convaincante pour les forêts et les populations qui en dépendent.

 

Les forêts comme une solution

Bien que les forêts soient très vulnérables aux impacts climatiques, elles constituent également une solution climatique d’une efficacité redoutable. Au Canada, la forêt boréale joue un rôle prépondérant dans l’atténuation du changement climatique à l’échelle mondiale, en stockant deux fois plus de carbone par unité de surface que les forêts tropicales dans des conditions normales. Selon le World Resources Institute, [traduction] « [...] au cours d’une année normale, les forêts et autres végétaux absorbent environ 30 % du carbone que les humains émettent en brûlant des combustibles fossiles [...] ».

En outre, les forêts refroidissent la planète en réfléchissant la lumière du soleil vers l’espace, en absorbant de la chaleur et en libérant de l’humidité qui forme des nuages de pluie. À elle seule, l’Amazone libère une telle quantité d’humidité qu’une « rivière » plane en permanence dans l’air au-dessus d’elle, ce qui maintient l’humidité sur des milliers de kilomètres et profite à l’ensemble du continent nord-américain.

Parmi les autres « services » fournis par les forêts figurent la purification de l’air et de l’eau (ce qui contribue à la bonne santé des collectivités locales), le soutien de la biodiversité et l’apport de valeurs récréatives et culturelles. En règle générale, nous bénéficions de ces services gratuitement, mais il existe un mouvement croissant de tarification des services écosystémiques afin de mieux les protéger.

« Dans un contexte économique, ça peut sembler peu concret, mais ça l’est », explique Subhra. Quantifier les avantages « cachés » des forêts permet de créer un marché et de conférer aux forêts une valeur marchande au-delà de ce qui peut y être récolté.

Le financement de la nature, défini au sens large comme des instruments financiers qui permettent à des flux mondiaux de capitaux de s’aligner sur des résultats positifs pour la nature, est une solution pouvant fournir d’importants incitatifs financiers pour maintenir des forêts durables, aider des entreprises forestières à gérer leurs risques et fournir à la fois des rendements en capital et en réputation pour les investisseurs.

 

Comment le FSC soutient la santé des forêts

Le FSC est déjà un chef de file reconnu en matière de gestion durable des forêts, et ce, à l’échelle mondiale. La certification FSC confère donc un avantage aux aménagistes forestiers qui cherchent à minimiser la volatilité et à diversifier les sources de revenus.

Un important centre d’intérêt pour le FSC est d’aider les aménagistes forestiers à créer de la valeur ajoutée en étant récompensés pour leur gestion des services écosystémiques de la forêt, par l’intermédiaire de l’innovante solution Incidence vérifiée. Incidence vérifiée révèle la valeur réelle des efforts de conservation des détenteurs de certificats, en les mettant en relation avec des entreprises intéressées par le parrainage de projets qui restaurent et protègent les avantages intangibles que fournissent les forêts, notamment des avantages écologiques et culturels ainsi que récréatifs.

L’objectif, selon Subhra, est d’aborder les aspects économiques de la gestion responsable des forêts, en fournissant du financement pour les forêts à des propriétaires, des gestionnaires et des communautés afin de les inciter non seulement à maintenir la forêt intacte, mais aussi à la gérer de manière à ce qu’elle reste en santé.

« Nous savons que la diversification réduit les risques », affirme Subhra. En prenant en compte les services écosystémiques comme une autre source de valeur de leurs forêts et en planifiant à long terme, les aménagistes forestiers peuvent aider à isoler leur entreprise de la volatilité en soutenant des forêts et des entreprises saines ce faisant.

Pour Valérie, il s’agit d’une approche empreinte de bon sens qui s’aligne sur des conceptions autochtones en matière d’intendance des terres. Elle explique que, en préservant la résilience des forêts et en tenant compte du bien-être des populations humaines et non humaines qui en dépendent, il est possible d’accroître les possibilités pour les communautés d’en tirer profit.

 « Faire du bien à la planète, c’est faire du bien à l’humanité et ça se traduira par une économie saine », dit-elle.

 

Que réserve l’avenir?

Le FSC poursuit son travail pour comprendre et partager le rôle crucial que les forêts jouent dans la minimisation des impacts du changement climatique sur les collectivités. En outre, il participe activement à la recherche qui permet d’établir des pratiques exemplaires en matière de gestion des forêts, en particulier une gestion des forêts qui est favorable à la biodiversité, afin qu’elle puisse être intégrée dans les activités ordinaires des détenteurs de certificats. Apprendre des peuples autochtones est un volet essentiel de ce travail. Dans le troisième épisode de cette série de balados, nous entendrons la Métisse Amy Cardinal, experte sur les incendies de forêt, nous parler de ce que font les communautés autochtones du Canada pour gérer les incendies de forêt dans un contexte de changement climatique.

Mais, avant cela, nous apprendrons comment les évaluations de la vulnérabilité climatique aident l’entreprise Mistik Management à déceler des risques climatiques et à s’y adapter. Restez à l’écoute!

 

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En savoir plus sur le balado

Forest for the Future est le balado dans lequel nous explorons les idées, les défis et les solutions qui façonnent l’avenir des forêts et de la société.

Dans cet épisode, nous préparons le terrain en vue d’une série en trois volets sur le changement climatique et les forêts. Le changement climatique est déjà en train de remodeler les écosystèmes forestiers à l’échelle planétaire, et la gestion des forêts, les politiques et les systèmes de certification comme celui du FSC doivent être adaptés en conséquence. La série met en lumière le travail effectué par le FSC Canada, qui adopte une approche innovante à l’inclusion de l’adaptation au climat dans les normes canadiennes d’aménagement forestier tout en travaillant sur des outils pour soutenir les propriétaires forestiers.

Dans cet épisode, nous préparons le terrain et explorons la manière dont le FSC comprend le changement climatique, la différence entre l’atténuation et l’adaptation ainsi que la raison pour laquelle prendre en compte les risques liés au climat devient essentiel pour gérer les forêts de manière durable. Nous y présentons également des perspectives autochtones sur la résilience et l’adaptation à long terme et abordons les coûts souvent négligés de l’inaction.

Cette série de balados est le fruit d’une collaboration entre le FSC Canada et le FSC Danemark. Il est rendu possible grâce à du financement d’ECCC.