Cet article repose sur l’épisode 3 d’une série en trois volets sur le changement climatique et les forêts, dans le cadre du balado « Forest for the Future ». Il explore la manière dont le FSC comprend le changement climatique, la différence entre l’atténuation et l’adaptation ainsi que la raison pour laquelle prendre en compte les risques liés au climat devient essentiel pour gérer les forêts de manière durable. Cet épisode présente des perspectives autochtones sur la gestion des feux de forêt, sur l’importance des connaissances locales dans l’adaptation au climat et sur des approches scientifiques à la résilience et à l’adaptation devant l’évolution rapide du climat.
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La docteure Amy Cardinal Christianson. C’est une conseillère principal en feux de forêt avec L’Initiative de leadership autochtone (ILA), une autrice et l’animatrice du balado Good Fire. Elle a un message fort sur la façon dont le feu évolue au Canada.
« Les peuples autochtones entretiennent depuis longtemps une relation avec le feu au Canada. Il y a des millénaires, nous avons été témoins de feux provoqués par la foudre et de leurs bienfaits pour le paysage et les communautés. Pensons notamment à la croissance de baies amères ainsi qu’aux cerfs et aux orignaux attirés par les herbes fraîches après un feu. Les Autochtones ont appris à faire brûler le sol pour obtenir ces bienfaits. Mais les feux que nous observons actuellement n’ont pas d’effets bénéfiques sur l’environnement. Ils sont tellement chauds à cause du changement climatique et de la piètre gestion des forêts. Ils ont donc des répercussions sur plusieurs générations qui nous empêcheront d’utiliser ces forêts pendant des décennies, voire des siècles », explique-t-elle.
Le professeur Christian Messier, chercheur en aménagement forestier à l’Université du Québec à Montréal, abonde dans le même sens. « Un feu incontrôlé est une perturbation naturelle importante qui nuit au maintien des plantes, des insectes et d’autres formes de vie. Le problème aujourd’hui, c’est l’étendue des feux et le fait qu’ils brûlent des zones qui ne sont pas adaptées au feu », explique-t-il.
Les forêts au cœur d’un monde en mutation
Comme nous l’avons exploré dans nos épisodes précédents du balado, l’évolution rapide de notre climat place les forêts à l’avant-plan. Elles forment à la fois une grande zone à risque et une puissante solution climatique.
Alors que les forêts ont toujours été des puits de carbone efficaces, le climat change si rapidement que de nombreuses espèces d’arbres ne sont pas adaptées à des conditions plus difficiles, telles que la sécheresse, la chaleur et les gelées non saisonnières. Tout cela crée des risques pour les forêts, les communautés qui en dépendent et les écosystèmes forestiers dans leur ensemble. La réelle possibilité d’un effondrement pourrait libérer des décennies de carbone stocké, créant du coup une boucle de rétroaction désastreuse du climat.
La biodiversité comme une solution
Vivian Peachey, directrice des solutions climatiques et paysagères du FSC Canada, souligne que l’organisation donne la priorité à la crise climatique et met en œuvre une stratégie pour le climat et la biodiversité.
« Les forêts sont naturellement résilientes, mais la situation actuelle pourrait dépasser leur capacité d’adaptation. Les risques d’extinctions locales, de perte de services et de perte de capacité de stockage du carbone sont bien réels. Comment pouvons-nous donc nous assurer que notre norme reflète les plus récentes approches scientifiques? », demande-t-elle.
En 2024, le FSC Canada a reçu du financement d’Environnement et Changement climatique Canada pour se pencher sur cette question. Dans le cadre du programme Les forêts comme solutions climatiques (FaCS), Vivian et son équipe examinent comment une norme mise à jour, associée à des outils tels que l’évaluation de la vulnérabilité climatique, peut renforcer la capacité d’adaptation, maintenir le stockage du carbone et favoriser la résilience des forêts.
L’une des réponses consiste à accroître la biodiversité dans les forêts gérées et, éventuellement, à introduire des espèces d’arbres mieux adaptées à la sécheresse et aux insectes. « Nous pouvons considérer que c’est l’équivalent de “vacciner” nos forêts contre le changement climatique en introduisant des espèces mieux adaptées », explique le professeur Messier.
Le docteur Cardinal Christianson fait remarquer que favoriser la biodiversité a toujours été la voie suivie pour les Autochtones, les aînés qualifiant les monocultures en rangées de « forêts affamées » parce qu’elles n’offrent que des ressources limitées. « La seule façon de sortir de cette crise est d’arrêter de brûler des combustibles fossiles, mais l’augmentation de la biodiversité est l’approche la plus efficace à l’adaptation, une approche qui rendra les forêts plus résilientes. » C’est particulièrement vrai quand il est question de gérer les feux de forêt : « Un feu se comporte différemment dans un environnement plus biodiversifié et où le risque de perdre de grandes superficies de forêts est moindre », explique-t-elle.
Gérer en fonction de la biodiversité permet également de protéger la qualité de l’eau et de l’air, de stocker plus de carbone et de préserver les valeurs culturelles et récréatives associées à la forêt. Ces bienfaits sont reconnus par la solution Incidence vérifiée du FSC, qui met en relation des gestionnaires forestiers avec des sources de revenus pour protéger des services écosystémiques, dont la biodiversité.
Combiner des réponses mondiales et locales
La stratégie du FSC en matière de climat et de biodiversité définit une orientation globale, tandis qu’une norme nationale mise à jour fournira des orientations plus claires sur l’amélioration de la résilience des forêts et des communautés.
Vivian fait valoir l’importance d’intégrer les connaissances locales dans toute réponse au changement climatique. « Les gestionnaires forestiers, les scientifiques, les chercheurs et les communautés sont des experts en matière de gestion adaptative et c’est eux qui savent ce qui est le mieux pour la forêt. La collaboration et la cocréation sont essentielles », dit-elle.
L’équipe FaCS réunit un large éventail d'expertises et de perspectives et elle est particulièrement consciente des impacts disproportionnés du changement climatique et de la dégradation des forêts sur les peuples et les communautés autochtones ainsi que des connaissances que les communautés autochtones détiennent et qui sont essentielles à la résilience.
Le docteur Cardinal Christianson note qu’il peut s’avérer difficile de trouver un équilibre entre des contextes nationaux et locaux. « Il doit y avoir un leadership national, mais ce leadership doit être suffisamment souple pour permettre l’exercice d’un leadership local. La centralisation du processus décisionnel en matière de feux [de forêt] n’a pas été bénéfique pour les communautés autochtones. Nous avons besoin d’une politique fondée sur les meilleures données scientifiques et sur l’apport des populations autochtones, une politique qui intègre une certaine souplesse dans la manière dont elle est appliquée à l’échelle locale », ajoute-t-elle.
Prochaines étapes
Modifier une norme nationale du FSC est un processus qui prend généralement plusieurs années et qui passe par de vastes consultations. Cependant, la recherche menée par l’équipe FaCS offre déjà des perspectives qui aident les gestionnaires forestiers et les communautés à renforcer leur capacité d’adaptation, grâce à la reconnaissance financière de pratiques de conservation, comme l’outil Incidence vérifiée, ou les évaluations de la vulnérabilité climatique qui favorisent l’atténuation des risques climatiques.
L’équipe a mis en place une dizaine de projets-pilotes et est à la recherche d’autres organisations souhaitant y participer. À cette fin, l’équipe de certains fonds.
L’objectif ultime du FSC est de favoriser la biodiversité et la résilience des forêts au Canada et dans le monde entier. « Plus nous intégrerons l’adaptation et l’atténuation dans les approches en matière de gestion forestière, meilleurs seront les résultats », affirme Vivian.
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